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Mémoire et personnalité multiple

15/01/2024

Mémoire et personnalité multiple

La mémoire et les personnalités multiples

Les moindres détails de notre vie s'enregistrent en nous et y laissent des traces ineffaçables. Pensées, désirs, passions, actes bons ou mauvais, tout s'y fixe, tout s'y grave. Pendant le cours normal de la vie, ces souvenirs s'accumulent en couches successives et les plus récents finissent par effacer, en apparence, les plus anciens. Il semble que nous ayons oublié ces mille détails de notre existence évanouie. Cependant il suffit, dans les expériences hypnotiques, d'évoquer les temps écoulés et de replacer le sujet, par la volonté, à une époque antérieure de sa vie, dans sa jeunesse ou même à l'état d'enfance, pour que ces souvenirs reparaissent en foule. Le sujet revit son passé, 
non seulement avec l'état d'âme et l'association d'idées qui lui étaient particuliers à cette époque - idées parfois bien dissemblables de celles qu'il professe actuellement -
avec ses goûts, ses habitudes, son langage, mais aussi en reconstituant automatiquement toute la série des phénomènes physiques contemporains de cette 
époque. Ceci nous amène à reconnaître qu'il y a corrélation étroite entre l'individualité psychique et l'état organique.
Etant donnés les fluctuations constantes et le renouvellement intégral du corps physique en quelques années, ce phénomène serait incompréhensible sans le rôle du 
périsprit, qui garde en lui, gravées dans sa substance, toutes les impressions d'autrefois. C'est lui qui fournit à l'âme la somme totale de ses états conscients, même 
après la destruction de la mémoire cérébrale. 


Cet enregistrement automatique semble s'effectuer sous forme de groupements ou de zones, au-dedans de nous, zones correspondant à autant de périodes de notre vie. De 
sorte que, si la volonté, au moyen de l'auto-suggestion ou de la suggestion étrangère -ce qui est identique, puisque, la suggestion, pour être efficace, doit être acceptée par le 
sujet et se transformer en auto-suggestion - si la volonté, disons-nous, fait revivre un souvenir appartenant à une période quelconque de notre passé, tous les faits de 
conscience se rattachant à cette même période se déroulent aussitôt dans un enchaînement méthodique. 

 


Ceci rendrait compréhensibles les variations de la personnalité dont nous avons parlé. Pour des observateurs superficiels, ces phénomènes s'expliquent par la dissociation de 
la conscience ; étudiés de près et analysés, ils représentent, au contraire, des aspects d'une conscience unique, correspondant à autant de phases d'une même existence. Ces 
aspects se révèlent dès que le sommeil est assez profond et le dégagement périsprital suffisant. Si on a pu croire aux changements de personnalités, c'est parce que les états 
transitoires, intermédiaires, manquent ou s'effacent.
Dans certains cas, on voit apparaître en nous un être tout différent de l'être normal, possédant non seulement des connaissances et des aptitudes plus étendues que celles 
de la personnalité ordinaire, mais, en outre, doué de modes de perception plus puissants et plus variés. Parfois même, dans les phénomènes de « personnalité 
seconde », le caractère se modifie et diffère à tel point du caractère habituel, que des observateurs se sont crus en présence d'un autre individu.
Il faut bien faire la distinction entre ces cas et les phénomènes d'incorporations des défunts. Les médiums, à l'état de dégagement somnambulique, prêtent parfois leur 
organisme resté libre à des entités de l'Au-delà, à des Esprits désincarnés qui s'en servent pour communiquer avec les hommes. Mais alors, les noms, les détails, les 
preuves d'identités fournies par les manifestants ne permettent aucune confusion. 

 


L'individualité envahissante diffère radicalement de celle du sujet. Les cas de G. Pelham, de Robert Hyslop, de Fourcade, etc., nous démontrent que les substitutions 
d'Esprits ne sauraient être confondues avec les cas de double personnalité. Cependant l'erreur était possible ; en effet, de même que les incorporations d'Esprits, 
l'intervention des personnalités secondaires est précédée d'un court sommeil. Celles-ci surgissent, le plus souvent, dans un accès de somnambulisme ou, même, à la suite 
d'une émotion. La période de manifestation, d'abord de faible durée, se prolonge peu à peu, se répète et se précise jusqu'à acquérir et constituer un enchaînement de souvenirs 
particuliers qui se distinguent de l'ensemble des souvenirs enregistrés dans la conscience normale. Ce phénomène peut être facilité ou provoqué par la suggestion 
hypnotique. Il est même probable que dans les cas spontanés, où n'intervient aucune volonté humaine, le phénomène est dû à la suggestion d'agents invisibles, guides et 
protecteurs du sujet ; ils agissent alors, comme nous le verrons, dans un but curatif, thérapeutique.

 


Dans le cas célèbre de Félida, étudié par le docteur Azam, les deux états de conscience ou variations de la personnalité sont nettement tranchés :
« Presque chaque jour, sans cause connue ou sous l'empire d'une émotion, elle est prise de ce qu'elle appelle sa crise ; en fait, elle rentre dans son deuxième état ; elle est 
assise, un ouvrage de couture à la main ; tout à coup, sans que rien puisse le faire prévoir, et après une douleur aux tempes plus violente que d'habitude, sa tête tombe 
sur sa poitrine, ses mains demeurent inactives et descendent inertes le long de son corps ; elle dort ou paraît dormir, mais d'un sommeil spécial, car aucun bruit, aucune 
excitation, pincement ou piqûre ne sauraient l'éveiller ; de plus cette sorte de sommeil est absolument subit. Il dure deux ou trois minutes ; autrefois il était beaucoup plus 
long.


Après ce temps, Félida s'éveille ; mais elle n'est plus dans l'état intellectuel où elle était quand elle s'est endormie. Tout paraît différent. Elle lève la tête et, ouvrant les yeux, 
salue en souriant les personnes qui l'entourent, comme si elle venait d'arriver ; la physionomie, triste et silencieuse auparavant, s'éclaire et respire la gaieté ; sa parole 
est brève, et elle continue, en fredonnant, l'ouvrage d'aiguille que, dans l'état précédent, elle avait commencé ; elle se lève, sa marche est agile, et elle se plaint à 
peine des mille douleurs qui, quelques instants auparavant, la faisaient souffrir ; elle vaque aux soins ordinaires du ménage, circule dans la ville, etc.. Son caractère est 
complètement changé : de triste elle est devenue gaie ; son imagination est plus exaltée ; pour le moindre motif elle s'émeut en tristesse ou en joie ; d'indifférente, elle 
est devenue sensible à l'excès.

 


Dans cet état, elle se souvient parfaitement de tout ce qui s'est passé dans les autres états semblables qui ont précédé, et aussi pendant sa vie normale. Dans cette vie 
comme dans l'autre, ses facultés intellectuelles et morales, bien que différentes, sont incontestablement entières : aucune idée délirante, aucune fausse appréciation, aucune 
hallucination. Félida est autre, voilà tout. On peut même dire que, dans ce deuxième état, cette condition seconde, comme l'appelle M. Azam, toutes ses facultés paraissent 
plus développées et plus complètes.


Cette deuxième vie, où la douleur physique ne se fait pas sentir, est de beaucoup supérieure à l'autre ; elle l'est surtout par ce fait considérable que, pendant sa durée, 
Félida se souvient non seulement de ce qui s'est passé pendant les accès précédents, mais aussi de toute sa vie normale, tandis que, pendant sa vie normale, elle n'a aucun 
souvenir de ce qui s'est passé pendant ses accès. » On voit qu'il n'y a pas là en jeu plusieurs personnalités, mais simplement plusieurs états de la même conscience. La relation persiste entre ces divers aspects de l'être 
psychique. Du moins, l'état second, le plus complet, n'ignore rien de ce qu'a fait le premier ; tandis que celui-ci ne connaît l'autre que par ouï-dire. Le mode d'existence 
n° 2 traite le n° 1 avec quelque dédain. Félida, dans l'état second, parle de la « fille bête » de la même façon dont nous parlerions nous-mêmes de l'enfant gauche, du bébé 
malhabile que nous fûmes jadis.


Dans leur ensemble, ces phénomènes démontrent une chose : c'est qu'au-dessous du niveau de la conscience normale, en dehors de la personnalité ordinaire, il existe en 
nous des plans de conscience, des couches ou zones disposées de telle sorte que, dans certaines conditions, on peut constater des alternances entre ces plans. On voit alors 
émerger à la surface et se manifester, pendant un temps donné, des attributs, des facultés qui appartiennent à la conscience profonde ; puis ils disparaissent bientôt, 
pour reprendre leur rang et replonger dans l'ombre et l'inaction.


Notre moi ordinaire, superficiel, limité par l'organisme, ne semble être qu'un fragment de notre moi total. En celui-ci est enregistré tout un monde de faits, de connaissances, 
de souvenirs se rattachant au long passé de l'âme. Pendant la vie normale, toutes ces réserves restent cachées, comme ensevelies sous l'enveloppe matérielle. Elles 
reparaissent dans l'état somnambulique. L'appel de la volonté, la suggestion les mobilise. Elles entrent en action et produisent ces phénomènes étranges que la 
physiologie officielle constate sans pouvoir les expliquer.


La science matérialiste a vu dans ces phénomènes ce qu'elle appelle des « désintégrations », c'est-à-dire des altérations et des dissociations de la personnalité. 
Le sectionnement de la conscience paraît quelquefois si tranché, et les types qui surgissent, tellement différents du type normal, qu'on a pu se croire en présence de 
plusieurs consciences autonomes, alternant chez un même sujet. Nous croyons, avec

 

 

La personnalité n'en reste pas moins identique à travers l'enchaînement des faits de conscience qu'un lien continu relie entre eux, depuis les modifications les plus simples de l'état normal, 
jusqu'aux cas comportant une transformation de l'intelligence et du caractère : depuis la simple idée fixe, les rêves et les songes, jusqu'à la projection de la personnalité dans 
le monde spirituel, dans cet Au-delà où l'âme recouvre la plénitude de ses perceptions et de ses pouvoirs.


Nous avons vu que la mémoire est une condition presque indispensable de la personnalité, car c'est elle qui, relie l'état présent aux états passés et nous affirme que 
nous sommes bien le même individu qu'il y a vingt ans. La mémoire constitue l'identité, car, en même temps que persistent les sensations présentes, non effacées 
encore, apparaissent, évoquées par elle à l'état de souvenir, les images anciennes qui sont, sinon identiques, du moins très analogues d'un jour à l'autre. Par exemple un 
arbre, sensation présente, image actuelle, éveille en notre esprit une demi-douzaine, de souvenirs, qui sont presque les mêmes, alors que ce serait un autre arbre que nous 
verrions. De même un bateau éveillera une autre demi-douzaine de souvenirs qui seront encore les mêmes, quel que soit le bateau qui frappe votre vue. Même, par suite 
de l'association et de la complication des idées, nous n'aurons pas besoin de voir un bateau pour, avoir ces souvenirs; ils apparaîtront encore si nous voyons une rivière, un 
ruisseau, un objet quelconque rappelant ; même de très loin, l'idée de bateau.

 


Notre conscience est donc toujours en présence d'un certain nombre limité d'images anciennes, toujours les mêmes, à peu près ; et ces images, étant rapportées au même 
moi, feront la personnalité de l'individu, personnalité qui est rendue stable par la communauté des images.
Si, tout d'un coup, les images ordinaires, communément présentes à la conscience, se trouvent, par suite d'un état psychique quelconque, brusquement effacées, et si, d'un 
autre côté, d'autres images apparaissent soudain, qui, jusque-là, ne s'étaient pas présentées, à la conscience, il s'ensuit que le même moi ne se reconnaît plus, il se juge 
autre, c'est un nouvel état de conscience qui prend naissance, mais c'est dans la même individualité qu'il a lieu. Les somnambules offrent presque toujours ce caractère, ils 
ont oublié au réveil ce qui s'est passé pendant le sommeil ; mais ce qui prouve que c'est bien la même individualité qui existe, c'est que le second aspect de la personnalité, le 
personnage somnambulique, connaît la personne normale.


Pour que ces manifestations deviennent possibles, le périsprit doit être impressionné au préalable par un ébranlement vibratoire déterminé par la suggestion. Cet ébranlement, 
en accélérant le mouvement rythmique, a pour effet de rétablir le rapport entre la conscience cérébrale et la conscience profonde, rapport qui est rompu dans l'état 
normal, pendant la vie physique. Alors les images, les souvenirs emmagasinés dans le périsprit peuvent se ranimer et redevenir conscients. Mais, dès le réveil, le rapport 
cesse, le voile retombe, les souvenirs lointains s'effacent peu à peu et rentrent dans la pénombre.


Ce phénomène de la reconstitution artificielle du passé nous fait comprendre ce qui se produit après la mort, lorsque l'âme, délivrée de son corps terrestre, se retrouve en face 
de sa mémoire agrandie, mémoire-conscience, mémoire implacable qui conserve l'empreinte de toutes ses fautes et devient son juge et, parfois, son bourreau.

Mais, en même temps, le moi, fragmenté en couches distinctes pendant la vie d'ici-bas, se reconstitue dans sa synthèse supérieure et sa magnifique unité. Toute l'expérience 
acquise au cours des siècles, toutes les richesses spirituelles, fruits de l'évolution, souvent cachés ou tout au moins amortis, amoindris dans cette existence, reparaissent 
dans leur éclat et leur fraîcheur, pour servir de bases à de nouvelles acquisitions. Rien n'est perdu. Les couches profondes de l'être, si elles racontent les défaillances et les 
chutes, proclament aussi les lents, les pénibles efforts accumulés au cours des âges pour édifier cette personnalité, qui ira toujours grandissant, toujours plus riche et plus 
belle, dans l'épanouissement heureux de ses facultés acquises, de ses qualités, de ses vertus.

 


A Noter :
- Notre moi ordinaire, limité par l’organisme, n’est qu’un fragment de notre moi profond.
- Dans les phénomènes dits de « personnalité multiples » - en faisant la distinction d’avec les phénomènes d’incorporation

– il n’y a pas plusieurs personnalités, mais plusieurs états de la même conscience.